Déplacement à Tunis dans le cadre d’une délégation de la Commission des Affaires étrangères

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Michel Destot avec Mohsen Marzouk, Secrétaire général de Nida Tounès

La Tunisie n’est pas un très grand pays : 10,9 millions d’habitants sur 162.155 km2

Son taux de croissance de 2,3% en 2014 ne lui a pas permis d’endiguer un chômage de 15,2%, une inflation de 5,5%, un déficit de sa balance commerciale de 15,8% de son PIB.

Et pourtant il a capté l’attention du monde entier se révélant le seul pays du monde arabe à réussir jusqu’à présent sa transition démocratique.

Respectant leur feuille de route politique d’après révolution, les Tunisiens adoptaient le 27 janvier 2014 une nouvelle constitution dans un esprit de compromis remarquable, consacrant un large spectre de droits fondamentaux.

Le 26 octobre 2014 se tenaient des élections législatives, remportées par Nida Tounès, puis des élections présidentielles les 23 novembre et 21 décembre, remportées par Beji Caïd Essebi. Ces trois scrutins ont été salués par la communauté internationale pour leur régularité et leur transparence.

La classe politique tunisienne a su relever le défi de l’alternance politique et manifester son attachement à l’enracinement de la démocratie dans le pays : dialogue national, démission d’Ennahda après des élections perdues, rejet de la violence, reconnaissance rapide des résultats des derniers scrutins,… en constituent autant d’exemples.

Désormais les deux principaux partis du pays – Nida Tounès et Ennahda – sont associés au gouvernement.
La menace terroriste, qui s’est concrétisée le 18 mars 2015 au Musée national du Bardo à Tunis, symbole du tourisme et de la culture, à proximité immédiate de l’Assemblée des représentants du peuple, demeure la dernière hypothèque à la consolidation de la transition tunisienne.

Le redressement économique et social conditionne également la pérennité de la deuxième République tunisienne.

C’est dans ce contexte historique que Michel Destot a participé à un déplacement à Tunis d’une délégation de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Accueillie par M. François Gouyette, ambassadeur de France en Tunisie, la délégation a pu pu échanger pendant deux journées bien pleines avec les principaux responsables politiques, économiques et sociaux du pays ainsi qu’avec des représentants de la société civile.

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Rached Ghannouchi, Président d’Ennahda

Elle a débuté cette visite par une réunion de cadrage à la résidence de l’Ambassadeur où il a été rappelé les inégalités territoriales entre le Nord plus développé et le Sud plus pauvre. Autre sujet de préoccupation, les zones sensibles aux frontières Est avec la Libye et Ouest avec l’Algérie.

En outre, les attentes sociales en Tunisie sont immenses et ses habitants impatients. L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), principale organisation syndicale et acteur décisif  de la réussite révolution, pousse fortement à une augmentation générale des salaires.

Les rencontres avec les secrétaires généraux des deux formations au pouvoir ont été de grands moments pour la délégation.

Rached Ghannouchi, Président d’Ennahda et Mohsen Marzouk, Secrétaire général de Nida Tounès, sont deux personnages charismatiques autant que de fins politiques, cherchant à en mettre en exergue une même volonté d’établir en Tunisie un modèle démocratique qui serait une référence pour les pays arabes.

Ils prônent tous les deux leur engagement consensuel et un certain optimisme dans la poursuite de la phase de démocratisation, notamment sur les plans économique et social.

Le leader du parti islamiste proclame son opposition totale aux fondamentalistes et celui de Nida Tounès, qui détient la réalité du pouvoir, sa volonté de mener les réformes économiques et sociales nécessaires. Ils peuvent s’appuyer sur une large majorité parlementaire.

Après avoir déposé une gerbe en hommage aux victimes de l’attentat terroriste de mars dernier à l’entrée du Musée du Bardo, la délégation a eu un entretien avec S.E.M. Mohamed Ennaceur, Président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) puis un déjeuner avec des élus – dont la Présidente – de la Commission droits, libertés et affaires extérieures de l’ARP. Tous ont souligné le moment historique qu’ils vivaient, leur attachement à la nouvelle constitution et leur souhait d’acquérir très vite un statut privilégié d’association à l’Union européenne.

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Le Palais présidentiel

Les élus français ont également rencontré au cours de cette visite M. Yassine Brahim, Ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale. Jeune et brillant ingénieur diplômé de l’Ecole Centrale de Paris, il est conscient du chemin que doit parcourir son pays pour se départir d’une économie trop protégée et trop étatiste. Il souhaite voir accélérer les réformes favorables aux investissements : fiscalité, système bancaire, retraites, éducation et enseignement supérieur… Tourisme, automobile, aéronautique sont ses cibles privilégiées.

La Tunisie est un pays de commerçants qu’il reste à libérer pour devenir un véritable hub économique tourné vers la Libye de demain, l’Algérie et toute l’Afrique.

Nos rencontres avec Houcine Abassi, Secrétaire général de l’UGTT et Hamma Hammani, porte-parole du Front populaire – troisième force politique du pays avec 15 députés, dans l’opposition – nous ont permis de mesurer l’importance des attentes sociales et la vivacité du multipartisme.

La société civile a été un acteur important de la révolution et de la transition démocratique. Alternant entre espoir d’un destin maîtrisé au plan institutionnel et crainte d’un échec au niveau économique et social, leurs représentants nous ont donné l’occasion d’échanges particulièrement intéressants.

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Ruelle de Tunis

Si la Tunisie a tourné le dos à l’ère dictatoriale de Ben Ali, elle n’en a pas fini avec une situation très dégradée pour l’emploi, l’éducation et le niveau de vie.

La France, qui est le partenaire politique et économique privilégié de la Tunisie, a multiplié les gestes de soutien, de solidarité et de promotion au plan mondial de ce pays arabe désormais hors norme.

Le chemin est encore long pour que la transition démocratique bien engagée débouche sur un progrès économique et une redistribution sociale attendus avec impatience ou scepticisme par la plus grande partie de la population.

Dans cette perspective, la France et l’Europe doivent accompagner la Tunisie dont la réussite pourrait être un vecteur d’émancipation démocratique pour ses voisins du Maghreb, du Proche et Moyen Orient.

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