Assemblée générale de IAG : contribution de Robert Chapuis

ChapuisLes résultats du 1er tour des régionales conduisent à deux types de réflexion 

A court terme :

                                Le score du FN montre qu’il ne  s’agit pas seulement d’un vote de protestation. Il y a un socle d’adhésion nourri par les peurs et les mécontentements. On n’attend plus qu’ils s’expriment à travers le Parlement ou les syndicats. Le FN les capte facilement avec des slogans assez simples autour de la souveraineté nationale et du refus de l’immigration dite musulmane. L’absence de programme est plus un avantage qu’un inconvénient : pas d’engagements, pas de contraintes.

                                L’enjeu présidentiel a dévoré les autres expressions du suffrage universel. Le système médiatique y contribue et simplifie ainsi la vie politique. Le FN profite de la dynamique de Marine Le Pen qui s’est imposée et fait figure d’autorité reconnue (elle met son père de côté, impose Philippot, dirige un groupe au Parlement européen, etc…). La crise de la représentation est évidente, la distance entre les électeurs et les élus ne cesse de s’accroître, la « classe » politique est moquée, dénoncée, méprisée. La situation sociale et internationale renforce la centralisation du pouvoir autour du président : il concentre les décisions, donc les critiques, tantôt à son détriment (la courbe du chômage…), tantôt à son profit (l’état d’urgence…).

                                Dans ces conditions, la présidentielle de 2017 est déterminante. Il devient probable que le FN soit au second tour. La primaire de la droite éclairera les choix de la gauche. Si Juppé est choisi, il a de bonnes chances d’être au second tour avec une droite rassemblée et une gauche divisée. Si Sarkozy est choisi, il peut y avoir un candidat du centre ou du moins une incertitude centriste. La candidature du président sortant est alors possible et il peut être au second tour. Le problème, c’est que le retour du match de 2012 peut élargir l’espace de la candidate FN au 1er tour d’abord, voire au second tour. Le résultat n’est pas certain…

                                Pour la gauche, en dehors de la candidature Hollande, il n’y a que deux options :

  • Le suicide par la division : une multiplicité de candidats de gauche conduit à la situation de 2002.
  • Une candidature capable de prendre sur une partie de l’électorat  Juppé (surtout si celui-ci n’est pas candidat). Il faut alors regarder du côté de Valls et Macron, s’ils ne se sont pas détruits l’un l’autre d’ici là… Il y aurait une candidature d’extrême-gauche sans doute, mais elle peut rester marginale si le Parti Socialiste ne lui offre pas une ouverture.

                                Dans tous les cas, le temps est compté et il convient de prendre rapidement des dispositions pour rendre les diverses hypothèses crédibles avant même la primaire de la droite.

A moyen et long terme

                                Le numéro 60 de la Revue Socialiste constitue une bonne base de réflexion. Les différents articles énoncent clairement les données de la crise de la social-démocratie en Europe. Ils fournissent des réponses assez diverses : parfois incantatoires (les valeurs éternelles du socialisme…), parfois assez pragmatiques (s’adapter à la nouvelle société), parfois plutôt sceptiques (peut-on encore construire une Europe sociale et démocratique ?), parfois un peu abstraites (« tout est à reprendre » et il faut être intelligents). Le vocabulaire est hésitant : le peuple, les couches populaires, les classes moyennes … Faut-il rédiger un programme, un projet, un récit (national ?) ? Tout le monde s’accorde pour dire qu’il faut faire face à la fois à l’individualisation et à la mondialisation. Mais comment et avec quel parti ? Faut-il même un parti ?

                                Cette réflexion invite à ouvrir trois chantiers :

  1. Dans quelle société vivons-nous ? Quels rapports sociaux ? Quels conflits ? Quelle évolution interne et contradictoire du capital et du travail ? Où sont les inégalités ? Quelle éducation dans un univers multi-culturel ? Quelle représentation la société peut-elle avoir d’elle-même à travers les individus et ses formes d’organisation ?…
  2. Comment s’exerce le pouvoir ? Que veut dire participation ? Quel est le champ de la loi et celui du contrat ? Quel rapport entre l’Etat et les citoyens au-delà de leur représentation ? Quelle alternative au parti traditionnel ? Quel est l’avenir des réseaux ?…
  3. Peut-on réellement faire de l’Europe un projet ? Ce fut le projet central de la sociale-démocratie après 1945 : 2005 a été un sérieux coup d’arrêt. Peut-on reprendre la marche ou faut-il s’en tenir à une simple confédération ? Faut-il rompre pour reconstruire ou faut-il davantage relier (avec qui ? sur quelles bases ?) pour rendre le mouvement irréversible ?

                                C’est une liste de questions. Il en est sans doute d’autres, mais ces chantiers ne peuvent être de simples travaux d’experts. Ils impliquent des rencontres et des dialogues le plus près possible de ce qu’on appelle le terrain. Les débats permettraient de savoir si les mots de socialisme, sociale-démocratie, parti socialiste ont encore un contenu. Ils ne sont pas de l’ordre d’un programme, mais ils relèvent d’une autre urgence : celle de redonner du sens à l’action politique.

Robert CHAPUIS

10 décembre 2015

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