Hommage à Michel ROCARD par Edwige AVICE

 

 

Michel ROCARD a été mon collègue au gouvernement pendant cinq ans et pendant trois ans mon Premier Ministre, alors que j’étais, à l’époque, au Quai d’Orsay.

 

Mais, pour l’évoquer complètement il faut remonter aux années 1970, alors que je dirigeais une section socialiste dans le 14ème arrondissement de Paris. Appartenant au CERES, je me souviens parfaitement des débats qui ont entouré ce que l’on appelait le Courant des Assises et de ma déception lorsqu’il a fallu constater que les anciens PSU et le CERES évolueraient chacun de leur côté. J’ai considéré que c’était une occasion manquée.

 

Ce qui était extrêmement intéressant à cette époque c’étaient les débats intellectuels. Michel Rocard y contribuait pleinement. Je repense en particulier à sa vision de l’Europe et à quelques-uns de ses propos prémonitoires sur la Grande Bretagne. Il avait une vision et la politique était pour lui le champ d’expression de cette vision. Ce souffle là nous manque aujourd’hui, pris à revers par l’omniprésence de la gestion quotidienne.

 

Dans mes fonctions, j’ai eu plus particulièrement à travailler avec Michel Rocard lorsque j’étais au Quai d’Orsay. Ayant la responsabilité directe de l’Asie Pacifique et des politiques régionales dans le Pacifique et la Caraïbe, j’ai trouvé avec lui de grands terrains d’entente et l’ai notamment accompagné en Nouvelle Calédonie avec Louis Le Pensec. Sa conception du rôle des territoires d’Outre Mer était novatrice et son rôle déterminant quant au devenir de la Nouvelle Calédonie. De plus, tant dans le Pacifique que dans la Caraïbe, il était conscient de la nécessité d’arrimer nos départements et territoires d’Outre Mer dans leur environnement régional et de leur permettre de nouer des liens avec de grands pays de la zone.

 

Par ailleurs, Michel Rocard m’a vivement encouragée à lancer ce qui paraît une évidence aujourd’hui mais qui ne l’était pas à cette époque, la diplomatie économique. Je n’oublie pas qu’il a été à l’origine de la création des clubs pays dans lesquels il impliquait les plus grandes entreprises françaises. Le rattachement du commerce extérieur au Quai d’Orsay est sans doute un héritage de cette démarche.

 

Enfin, alors qu’on s’interroge sur le sens de la vie et que l’on a parfois peur de la vieillesse, je trouve assez extraordinaire qu’un homme comme lui, une fois service fait, se soit passionné pour la cause de l’environnement et le bien commun de l’humanité en devenant l’Ambassadeur en charge des négociations internationales sur les pôles. Et c’est peut être, paradoxalement, pour cette dernière cause qu’il a défendue, alors que les politiques sont vite oubliés par ingratitude, qu’il restera un homme d’avenir.

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