Restructurations publiques, et si la gauche prenait le parti des plus défavorisés ?

Depuis plusieurs mois, les restructurations s’enchaînent au sein de la sphère publique ; elles se déploient et font la une de la presse sans qu’aucune analyse en terme de justice s ociale ne soit menée. Deux champs serviront d’illustration à ce billet d’humeur : les ambassades et l’hôpital public.

L’objectif n’est pas de discuter ici du bien fondé de ces restructurations, mais d’en analyser les modalités de manière à resituer ce débat dans une perspective de justice sociale, conforme à notre idéal à gauche.

Ces restructurations entraînent des licenciements ou tout au moins une baisse des effectifs dans le secteur public conformément au non remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans l’administration française, voulu par le Président de la République. Le Quai d’Orsay ne renouvelle pas les contrats locaux (le personnel recruté localement par l’ambassade ou le consulat français) ; l’hôpital met un terme aux contrats d’intérimaires et aux CDD en visant tout particulièrement les agents de service hospitaliers (ASH) ou les aides-soignants (AS). Autrement dit, on préfère restructurer les administrations publiques par les personnels qui coûtent le moins cher, mais qui sont surtout les plus démunis tant sur le plan des diplômes que sur leurs capacités à se mobiliser. Cette politique se poursuit par un moindre recrutement des volontaires internationaux pour les affaires étrangères et par les rationalisations en matière de secrétariats médicaux dans les hôpitaux (pools de secrétaires médicales, utilisation de la dictée numérique…).

Les expatriés dans les ambassades comme les médecins à l’hôpital public ne font l’objet d’aucune remise en cause sérieuse, on préfère – par manque de courage – se séparer des personnels de catégories B et C. Les ambassades et l’hôpital public se servent des personnes les plus défavorisées comme de la variable d’ajustement la plus commode.

Ce mécanisme, qui affaiblit les plus démunis, opère dans certaines ambassades de France en Afrique de l’Ouest. On licencie les travailleurs locaux exerçant des fonctions de chauffeurs, de jardiniers ou de gardiens, alors que leurs salaires mensuels (environ 100 à 150 €) sont très faibles en comparaison des rémunérations des expatriés qui travaillent pour le Ministère des Affaires étrangères et européennes. Conséquence directe de cette politique : on se prive (en se repliant sur nous-même) de la connaissance du tissu local de ces pays qui constitue pourtant un élément essentiel pour mener des actions pertinentes. En outre, alors que l’on souhaite aider au développement de ces pays, on prive une personne d’un salaire qui fait vivre une famille entière (environ une dizaine de personnes), puisque le partage et l’entraide dans ces pays sont des valeurs fondamentales.

Prenons maintenant quelques exemples saisissants concernant l’hôpital public. Dans un hôpital de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), il y a 800 médecins (ETP) pour 900 lits dans l’établissement. Le ratio obtenu est proche de 0,9 médecin par lit, alors même que ces lits ne sont pas tous occupés en permanence… Ce ratio est nettement plus faible dans les hôpitaux de province. De tels chiffres ne peuvent laisser indifférent à gauche au moment où les restructurations hospitalières s’amoncellent. S’il est vrai que certains praticiens hospitaliers ont des charges de travail en matière de recherche en particulier dans les centres hospitaliers universitaires (CHU), il n’en demeure pas moins vrai que ce décalage très important atteste que les médecins pourraient aussi – à leur tour – être concernés par les restructurations hospitalières.

Dans d’autres hôpitaux de l’AP-HP, certains chirurgiens réalisent moins de 50 actes chirurgicaux par an. De même, il y a davantage d’anesthésistes réanimateurs à l’hôpital européen Georges Pompidou que dans toute la région de Catalogne en Espagne.

Un médecin coûte plus de cent mille euros par an charges comprises, bien davantage encore pour d’autres spécialistes (radiologues, chirurgiens…). On préfère pourtant ne pas remplacer les aides-soignants et autres agents dits subalternes. La gauche aura-t-elle le courage de les défendre ? Alors que la gauche se faisait fort de dénoncer ces injustices, alors qu’elle a construit son identité sur le soutien des plus défavorisés, que fait-elle aujourd’hui ?

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